Les dents du cheval
Anatomie du cheval

Les dents du cheval

H Horseee 20 juillet 2026 18 min de lecture

On regarde les pieds, on palpe les tendons, on surveille l’état corporel… et on oublie souvent de jeter un œil dans la bouche. C’est dommage, parce que les dents du cheval sont le point de départ de toute sa digestion, et qu’une bouche qui fait mal se voit tout de suite au travail. Bonne nouvelle : quelques repères suffisent pour comprendre comment cette mécanique fonctionne, savoir où se pose le mors et même estimer l’âge d’un cheval en soulevant sa lèvre. C’est aussi une notion attendue au programme du Galop 4, au chapitre des soins périodiques.

Combien de dents a un cheval ?

La réponse dépend du sexe, et c’est la première chose qui surprend. Une jument compte en général 36 dents, un mâle 40, parce qu’il porte en plus quatre canines appelées crochets. Certaines juments en possèdent aussi, on les dit alors bréhaignes. À cela peuvent s’ajouter une ou deux petites dents surnuméraires, et l’on grimpe alors jusqu’à 42 ou 44 dents.

36dents chez la jument
40dents chez le mâle (4 crochets en plus)
2 à 3 mmde pousse par an, toute la vie

Le socle est le même pour tout le monde : 12 incisives à l’avant, puis 12 prémolaires et 12 molaires réparties au fond, six par demi-mâchoire. Les incisives portent chacune un nom selon leur place, et ce vocabulaire revient sans arrêt dès qu’on parle d’âge. Au centre, ce sont les pinces. De part et d’autre, les mitoyennes. Aux extrémités, les coins. Retiens cet ordre, il te servira plus bas.

Schéma légendé de la dentition du cheval sur un crâne vu de profil : incisives, crochet, barres, dent de loup, prémolaires et molaires
La dentition du cheval vue de profil : les incisives coupent, les dents du fond broient, et entre les deux s’ouvre l’espace des barres.
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Fiche de révision

La bouche du cheval en un coup d’œil

À l’avant

  • 12 incisives pour couper l’herbe rase
  • 4 pinces au centre, 4 mitoyennes, 4 coins
  • Le crochet, presque toujours réservé au mâle

Au fond

  • 12 prémolaires puis 12 molaires
  • Elles broient le fourrage en fines particules
  • La mandibule tourne sous le maxillaire, comme une meule

Les particularités

  • La dent de loup, minuscule et sans utilité
  • Les barres, l’espace sans dents où repose le mors
  • Des dents qui poussent toute la vie

À retenir : 36 dents chez la jument, 40 chez le mâle. Tout le reste de la fiche découle de cette base.

À quoi sert chaque type de dent

Chaque étage de la bouche a son métier, et c’est ce partage des tâches qui rend le cheval capable de vivre d’herbe. Les incisives jouent le rôle d’une paire de ciseaux. Plates, tranchantes, légèrement inclinées vers l’avant, elles attrapent et sectionnent l’herbe au ras du sol. À l’état naturel, un cheval passe une quinzaine d’heures par jour à brouter de cette façon.

La langue prend ensuite le relais et pousse les bouchées vers le fond, là où se trouvent les prémolaires et les molaires. Ces dents-là ne coupent pas, elles écrasent. La mâchoire inférieure, la mandibule, décrit des mouvements circulaires sous la mâchoire supérieure, le maxillaire, à la manière d’une meule sur un moulin. Un chiffre donne l’échelle du travail : un kilo de foin demande entre 3 000 et 3 500 coups de mâchoire. Autant dire que la moindre pointe qui blesse la joue se paie cher sur une ration entière.

Ce broyage n’est pas un détail de confort. Le cheval ne rumine pas, il n’a qu’une seule chance de réduire ses fibres avant qu’elles ne filent dans l’estomac. Des particules trop longues, et c’est toute la digestion du cheval qui travaille mal, avec à la clé un amaigrissement ou des coliques. La salive, sécrétée en abondance pendant la mastication, humidifie le bol alimentaire et le prépare à descendre.

Les barres, là où repose le mors

Voilà le détail que tout cavalier devrait connaître. Entre les incisives et la première dent du fond, la mâchoire présente un long espace osseux totalement dépourvu de dents : ce sont les barres. C’est exactement là que se loge le mors, sur une zone de gencive fine tendue sur l’os, sans coussin de chair pour amortir. Autrement dit, une main dure ne tire pas sur des dents, elle appuie sur un os recouvert de peau. Ça remet la notion de main légère à sa juste place.

C’est aussi ce qui explique pourquoi le choix de l’embouchure compte autant. Un mors trop fin, trop étroit ou mal réglé travaille toujours au même endroit et finit par créer des zones sensibles. Si tu veux comprendre l’action de chaque modèle sur cette zone, la fiche sur les mors de filet détaille les différents canons et brisures, et celle sur les parties du filet montre comment l’ensemble se règle sur la tête.

Des dents qui poussent toute la vie

Les dents du cheval sont dites hypsodontes, un mot savant pour dire qu’elles sont très longues et qu’elles sortent progressivement de la gencive au fil des années. La dent définitive se forme une fois pour toutes chez le jeune cheval, puis elle fait éruption de 2 à 3 millimètres par an pour compenser ce que la mastication use. C’est un équilibre permanent entre ce qui pousse et ce qui s’use.

Cet équilibre a été taillé pour un cheval qui broute quinze heures par jour. Nos chevaux, eux, reçoivent souvent deux ou trois repas et une part de granulés qui se mâche deux fois plus vite que le foin. Résultat, l’usure devient irrégulière et des reliefs coupants apparaissent sur les bords des molaires. C’est une raison de plus pour soigner la part de fourrage dans la ration, comme le détaille la fiche sur l’alimentation de base du cheval. Le foin n’est pas seulement un aliment, c’est aussi l’outil qui entretient les dents.

Lire l’âge d’un cheval sur ses dents

C’est la partie qui amuse tout le monde en écurie, et c’est aussi la plus concrète. Comme les dents poussent et s’usent en continu, leur aspect raconte à peu près l’histoire du cheval. Chez le jeune, tout se lit sur le calendrier de remplacement des dents de lait par les dents définitives, et c’est très fiable. Chez l’adulte, on bascule sur l’usure de la table dentaire, la surface plate visible quand on soulève la lèvre, et la précision se dégrade avec les années.

Chez le poulain, les premières dents de lait sortent dès la première semaine. Puis, entre un et cinq ans, elles tombent une à une pour laisser la place aux définitives, toujours dans le même ordre : les pinces d’abord, les mitoyennes ensuite, les coins en dernier. On dit qu’un cheval a la bouche faite quand ses six incisives définitives sont en place, vers cinq ans.

Âge approximatifCe qu’on observe sur les incisives
Première semaineSortie des pinces de lait
4 à 6 semainesSortie des mitoyennes de lait
6 à 9 moisSortie des coins de lait
Environ 2 ans et demiLes pinces définitives remplacent les pinces de lait
Environ 3 ans et demiLes mitoyennes définitives poussent à leur tour
Environ 4 ans et demiLes coins définitifs sortent
Vers 5 ansBouche faite : les six incisives définitives sont en place
Chez le jeune cheval, la chronologie de remplacement des dents de lait donne un âge très fiable.

Passé cinq ans, il n’y a plus rien à voir sortir : on regarde ce qui s’efface. Chaque incisive porte au centre une cavité sombre appelée cornet dentaire. L’usure la fait disparaître progressivement des dents du bas entre six et huit ans, c’est ce qu’on appelle le rasement. Une petite marque brune la remplace peu à peu, l’étoile dentaire, bien visible entre huit et onze ans. Ensuite, ce sont la forme et l’inclinaison qui parlent : la table s’arrondit vers neuf ou dix ans, puis s’allonge et se rétrécit, et les incisives vues de profil se couchent de plus en plus vers l’avant.

Planche comparative de la table dentaire des incisives du cheval à 5, 10, 15 et 20 ans
La table dentaire à 5, 10, 15 et 20 ans : les cornets s’effacent, l’étoile dentaire apparaît, les dents s’allongent et se rétrécissent.

Un dernier repère vient compléter le tableau, le sillon de Galvayne. C’est une rainure brunâtre qui descend le long du coin supérieur. Elle apparaît près de la gencive vers dix ans, atteint la moitié de la dent vers quinze ans et court sur toute sa longueur vers vingt ans. Pris isolément, aucun de ces indices ne vaut grand-chose. Croisés entre eux, ils permettent d’annoncer une tranche d’âge crédible.

Âge approximatifRepère dentaire
6 à 8 ansLes cornets disparaissent des incisives du bas (rasement)
8 à 11 ansL’étoile dentaire devient nettement visible
9 à 10 ansLa table dentaire s’arrondit et perd sa forme ovale
Vers 10 ansLe sillon de Galvayne apparaît en haut du coin supérieur
Vers 15 ansLe sillon de Galvayne atteint la moitié de la dent
15 à 20 ansLes incisives se couchent vers l’avant et paraissent plus longues
Vers 20 ansLe sillon de Galvayne court sur toute la dent
Chez l’adulte, l’estimation repose sur l’usure. Elle devient de moins en moins précise avec l’âge.

Teste tes connaissances

Avant de passer à l’entretien, prends deux minutes pour vérifier que les repères sont bien en place. Sur le schéma ci-dessous, les noms ont été remplacés par des numéros. Regarde-le attentivement, puis lance le quiz : plusieurs questions te demandent de retrouver la structure qui se cache derrière un chiffre.

Schéma muet numéroté de la dentition du cheval à compléter, repères 1 à 6
À toi de nommer les repères 1 à 6 avant de répondre au quiz.

Quiz : les dents du cheval

10 questions
  1. Combien de dents compte une jument, sans crochets ni dents surnuméraires ?

  2. Comment se nomment les dents du repère numéro 1 ?

  3. Comment se nomme le repère numéro 3 ?

  4. Quelle petite dent se cache derrière le repère numéro 4 ?

  5. Comment s’appellent les trois incisives de chaque demi-mâchoire, du centre vers l’extérieur ?

  6. À quel âge dit-on qu’un cheval a la bouche faite ?

  7. Que se passe-t-il sur les incisives du bas entre 6 et 8 ans ?

  8. Où observe-t-on le sillon de Galvayne ?

  9. De combien poussent les dents du cheval chaque année ?

  10. Quel signe doit te faire penser à un problème dentaire ?

Les signes qui doivent t’alerter

Un cheval ne se plaint jamais de mal aux dents. Il compense, discrètement, jusqu’au jour où le problème devient visible. C’est pour ça qu’il faut apprendre à lire les petits indices du quotidien plutôt que d’attendre un symptôme franc. Le plus parlant reste la façon de manger : un cheval qui met un temps fou sur sa ration, qui recrache de petites boulettes de foin à moitié mâchées ou qui garde des aliments coincés entre la joue et les dents, ce qu’on appelle faire magasin, a très probablement une bouche douloureuse.

Le crottin est un autre indicateur précieux, et gratuit. Des grains entiers ou de longues fibres non broyées signent une mastication incomplète. Côté travail, une bouche qui fait mal se traduit par des défenses souvent mises sur le compte du caractère : encensement, tête penchée d’un côté, refus du contact, cheval qui prend la main d’un seul côté. Avant de changer de mors ou d’accuser le dressage, regarde dans la bouche.

Derrière ces signes, on retrouve presque toujours les mêmes coupables. Les surdents en tête : ce sont des pointes d’émail qui se forment sur le bord extérieur des molaires du haut et le bord intérieur de celles du bas, là où les deux rangées ne se frottent pas. Elles blessent la joue et la langue. Viennent ensuite le diastème, un espace entre deux dents où la nourriture s’accumule et fermente, la coiffe lactéale, une dent de lait qui refuse de tomber et coiffe la définitive, et le bec-de-perroquet, ce défaut d’occlusion où la mâchoire supérieure dépasse celle du bas.

Plusieurs de ces signes, notamment la perte d’état, se recoupent avec d’autres soucis de santé. La fiche sur les maladies courantes du cheval t’aidera à faire le tri, et la note d’état corporel donne une méthode simple pour chiffrer un amaigrissement au lieu de le deviner à l’œil.

Le dentiste équin : qui fait quoi, à quel rythme

L’examen de la bouche n’est pas un geste de propriétaire. Tu peux entrouvrir les lèvres pour regarder les incisives, ça suffit largement pour l’estimation de l’âge, mais il ne faut jamais glisser la main entre les molaires. Le professionnel, lui, utilise un pas-d’âne, ce spéculum en acier et cuir qui maintient la bouche ouverte en sécurité. Avec une lampe frontale, il inspecte alors toute la table dentaire, la langue et l’intérieur des joues.

S’il trouve des surdents, il les lime avec une râpe manuelle ou électrique. L’opération n’est pas douloureuse, mais le bruit et les vibrations impressionnent beaucoup de chevaux, ce qui explique qu’une sédation soit parfois nécessaire. Retiens bien le partage des rôles : un technicien dentaire équin peut examiner, râper et retirer une dent de loup ou une dent de lait persistante, mais seul un vétérinaire est habilité à sédater et à pratiquer une extraction de molaire, qui est un acte chirurgical.

Côté rythme, un contrôle annuel convient à la plupart des chevaux, même sans signe d’appel. Le jeune cheval mérite plus d’attention : une visite avant le débourrage, puis tous les six mois jusqu’à cinq ou six ans, le temps que toutes les dents définitives se mettent en place. Compte de l’ordre de 80 à 120 euros la séance selon la région et le déplacement, une somme à intégrer au budget des soins de santé du cheval au même titre que le maréchal ou le vermifuge.

Le vieux cheval, quand les dents lâchent

Chez le cheval âgé, la dent arrive en bout de course. La réserve qui poussait de deux ou trois millimètres par an finit par s’épuiser, la table devient lisse, les crêtes d’émail qui servaient à râper le fourrage s’effacent. Il peut aussi perdre une dent, et celle qui lui faisait face n’ayant plus rien à user se met à pousser en marche d’escalier, ce qui bloque la mastication du côté opposé.

Le résultat est presque toujours le même : un cheval qui maigrit alors qu’il mange. Il est bien plus facile de maintenir un vieux cheval en état que de le refaire grossir une fois qu’il a fondu. Concrètement, on passe à des fourrages plus faciles à mastiquer, on trempe les granulés pour en faire une soupe, on fractionne les repas et on surveille l’état corporel tous les mois. Le détail des rations et des équilibres se trouve dans la fiche sur les besoins alimentaires du cheval.

Questions fréquentes sur les dents du cheval

Combien de dents a un cheval ?

Une jument compte en général 36 dents et un mâle 40, la différence venant des quatre crochets. Le socle commun est de 12 incisives, 12 prémolaires et 12 molaires. Avec les dents de loup et les dents de cochon, certains chevaux atteignent 42 à 44 dents.

À quel âge un cheval perd-il ses dents de lait ?

Les dents de lait sortent dès la première semaine de vie, puis tombent progressivement entre deux ans et demi et cinq ans. Les pinces définitives arrivent vers deux ans et demi, les mitoyennes vers trois ans et demi, les coins vers quatre ans et demi. Vers cinq ans, la bouche est faite.

Comment estimer l’âge d’un cheval avec ses dents ?

Chez le jeune, on se fie au calendrier de remplacement des dents de lait, très fiable. Chez l’adulte, on observe l’usure des incisives du bas : disparition des cornets entre six et huit ans, apparition de l’étoile dentaire entre huit et onze ans, arrondissement de la table vers dix ans, puis sillon de Galvayne sur le coin supérieur. L’estimation perd en précision avec l’âge.

À partir de quel âge faut-il faire venir le dentiste équin ?

Un premier contrôle est recommandé avant le débourrage, puis tous les six mois jusqu’à cinq ou six ans, période de la chute des dents de lait. Ensuite, une visite annuelle suffit à la plupart des chevaux, sans attendre l’apparition de signes de gêne.

Comment sont les dents d’un vieux cheval ?

Les incisives paraissent plus longues, plus étroites et nettement inclinées vers l’avant. La table dentaire devient lisse, les crêtes d’émail des molaires s’effacent et des dents peuvent tomber. La mastication perd en efficacité, d’où la nécessité d’une ration adaptée et d’un suivi rapproché de l’état corporel.

Pourquoi enlever les dents de loup ?

Parce qu’elles poussent juste devant la première prémolaire du haut, exactement là où circule le mors. Elles n’ont aucun rôle dans la mastication et provoquent souvent des défenses chez le jeune cheval au travail. Leur retrait est un geste courant, réalisé par le vétérinaire ou le dentiste équin.

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