Il existe des chevaux qu’on reconnaît les yeux fermés, juste au bruit de leurs sabots. Le Paso Fino est de ceux-là. Ce petit cheval né dans les Caraïbes possède une allure naturelle à quatre temps d’une régularité de métronome, si douce que le cavalier a l’impression de glisser sur un rail. Pas de rebond, pas de temps de suspension, aucune secousse dans le dos.
Derrière cette signature, cinq siècles d’histoire : celle des chevaux débarqués avec les conquistadors, puis sélectionnés par les planteurs de Porto Rico et de Colombie. Voici tout ce qu’il faut savoir sur une race encore confidentielle en Europe, mais qui compte parmi les plus confortables au monde.
Cheval de selle · Porto Rico et ColombiePaso Fino
Le cheval d’allures des Caraïbes
- Taille
- 1,32 à 1,55 m au garrot
- Robe
- Toutes les robes admises
- Caractère
- Vif, docile, plein de brio
- Espérance de vie
- 25 à 30 ans
- Prix dès
- 5 000 €
Origines et histoire
Tout commence en 1493. Lors de son deuxième voyage, Christophe Colomb débarque sur l’île de Borinquen, la future Porto Rico, avec une vingtaine d’étalons et cinq juments. Seize ans plus tard, le premier gouverneur de l’île, Juan Ponce de León, fait venir ses propres chevaux depuis Hispaniola. Ces fondateurs sont des chevaux ibériques : le Barbe du Maghreb, l’Andalou de pure race espagnole et le genet d’Espagne, un cheval d’allures aujourd’hui disparu qui leur a transmis leur démarche si particulière.
Dans les plantations de canne et de café, les propriétaires passaient leurs journées en selle à inspecter des terrains escarpés. Ils n’avaient que faire d’un cheval rapide, ils voulaient un cheval confortable et au pied sûr. Les sujets qui se déplaçaient sans secouer leur cavalier ont donc été gardés pour la reproduction pendant quatre cents ans : les caballos de paso fino, les chevaux au pas fin. Les mêmes souches espagnoles ont donné ailleurs le Mustang de l’Ouest américain et le Criollo des gauchos, mais aucune autre race n’a poussé la sélection du confort aussi loin.
À Porto Rico, les premiers concours d’allures sont organisés dès 1849. En 1927 naît à Guayama l’étalon Dulce Sueño : aujourd’hui encore, les meilleurs sujets de l’île descendent de lui. La race quitte les Caraïbes dans les années 1940, ramenée par les militaires américains stationnés sur l’île, puis dans les années 1960 par des éleveurs partis chercher des chevaux en Colombie. La Paso Fino Horse Association est fondée en 1972 pour tenir le registre des deux souches.
Les trois allures qui font la race
C’est le cœur du sujet. En plus du pas, du trot et du galop, le Paso Fino dispose de trois allures supplémentaires, toutes latérales et à quatre temps. Chaque pied se pose séparément, dans un rythme parfaitement égal, et il y a toujours au moins un sabot au sol. C’est ce qui supprime la phase de projection du trot, donc les secousses. Ces allures sont innées : un poulain les pratique dès ses premiers jours, sans apprentissage ni artifice.
| Allure | Vitesse | Amplitude | Quand on l’utilise |
|---|---|---|---|
| Paso fino (classic fino) | Très lente | Quasi nulle | En show uniquement, rassemblé à l’extrême |
| Paso corto | 6 à 10 km/h | Moyenne | L’allure de travail, la randonnée, le quotidien |
| Paso largo | 20 à 25 km/h | Grande extension | Pour couvrir du terrain, l’équivalent du galop |
Le paso fino proprement dit, appelé classic fino en compétition, est le plus spectaculaire des trois. Le cheval est rassemblé au maximum, ses membres battent le sol à une cadence très rapide alors qu’il n’avance presque pas : les jambes s’agitent comme des pistons pendant que le buste du cavalier reste immobile. C’est une allure de démonstration très exigeante, dont peu de Paso Finos sont réellement capables. En concours, la moindre rupture du rythme à quatre temps entraîne l’élimination.
Le paso corto et le paso largo sont, eux, les allures du cavalier ordinaire : le premier remplace le trot pour la balade, le second remplace le galop pour avancer vite. Dans les deux cas on reste assis, sans jamais se lever sur ses étriers. Cette mécanique place le Paso Fino dans la famille des chevaux d’allures, aux côtés du cheval islandais et de son tölt et du Tennessee Walker. Tous partagent une mutation du gène DMRT3, surnommé le gait keeper, qui débride la coordination des membres. Une étude de 2014 l’a détectée chez 94,4 % des Paso Finos colombiens testés, et à 100 % chez les portoricains. Chez cette race, la démarche latérale n’est donc pas l’amble, cette allure défectueuse qu’on corrige chez un cheval classique, c’est le standard.
Porto Rico ou Colombie : deux écoles d’un même cheval
On parle du Paso Fino au singulier, mais il en existe deux souches, développées en parallèle sans se croiser pendant des siècles. Le portoricain, le Paso Fino Puro Puertorriqueño, est réputé pour la finesse de son pas. Le colombien a une action plus rapide et plus mécanique. Aux États-Unis, les deux ont été largement croisées pour produire le cheval de show moderne, et les Colombiens dominent aujourd’hui, au point que des éleveurs se battent pour préserver les lignées portoricaines pures.
En Colombie, il faut aussi le distinguer de ses cousins locaux. La trocha est une allure diagonale à quatre temps, très confortable elle aussi, mais elle constitue une faute chez un Paso Fino de race pure et relève d’une lignée séparée. Dans une feria colombienne, celle de Montería par exemple, ces catégories défilent les unes après les autres : des mondes distincts, pour un même ancêtre.
Caractéristiques physiques
Le Paso Fino est un petit cheval, et c’est souvent une surprise pour qui le découvre en photo. Compte 1,32 à 1,55 m de taille au garrot pour 320 à 500 kg, la majorité des sujets tournant autour de 1,40 m. Il reste très puissant pour son format, et un adulte n’est pas ridicule dessus. La tête est petite et bien proportionnée, le profil légèrement concave, les oreilles courtes et droites, les yeux grands et bien écartés.
L’encolure est musclée, joliment arquée et portée haute, ce qui donne à la race son air fier. Le dos est court et solide, condition indispensable pour porter un cavalier des heures durant. Les membres sont fins et secs, avec des canons courts et une corne très dure. Crinière et queue sont abondantes, soyeuses et parfois spectaculaires de longueur. Côté couleur, aucune restriction : on croise beaucoup de bais, d’alezans et de noirs, mais aussi des palominos et des isabelles superbes, et des robes pie qui font sensation en piste.
Caractère et tempérament
Les Latino-Américains ont un mot pour le mental de la race : le brio. Ni nervosité ni gentillesse, c’est une énergie contenue, une envie d’avancer et de se montrer que le cheval met volontairement au service de son cavalier. Un bon Paso Fino se présente fier, l’encolure haute et l’œil vif, tout en restant maniable.
Au quotidien, c’est un cheval docile, sociable et facile à vivre au pré comme au box. Il apprend vite et s’attache franchement à son cavalier. Attention toutefois à ne pas le confondre avec un cheval éteint : sous la selle il a du répondant, et une main dure le crispe rapidement.
Aptitudes et disciplines de prédilection
La discipline reine de la race, c’est le show d’allures, où les chevaux sont jugés sur la pureté de leur rythme à quatre temps. Les catégories vont du Classic Fino, le plus rassemblé, au Performance qui demande les trois allures, en passant par le Pleasure qui récompense le confort. En Colombie et à Porto Rico, ces concours sont de vrais événements populaires.


Hors des pistes, c’est en équitation d’extérieur et en randonnée qu’il donne sa pleine mesure. Enchaîner six heures de chemin au paso corto sans se lever une seule fois des étriers change complètement le rapport à la distance, et les cavaliers qui souffrent du dos y trouvent parfois la seule monture qu’ils supportent encore. On le voit aussi en endurance, en TREC et en équitation western, où sa maniabilité et son pied sûr font merveille, un peu comme chez le Quarter Horse. Le dressage classique lui reste plus difficile d’accès, faute de trot exploitable. Notre panorama des disciplines équestres aide à situer la race.
Alimentation et entretien
Héritage des climats tropicaux et des terrains pauvres, le Paso Fino est ce qu’on appelle un bon convertisseur : il tire beaucoup d’énergie de peu de fourrage. C’est une qualité en randonnée, c’est un piège dans une pâture française grasse. La base de sa ration reste un foin de qualité, complété très modérément selon le travail fourni. Nos repères sur les besoins alimentaires du cheval s’appliquent, du côté sobre de la fourchette.
L’entretien courant tient en deux points. Crinière et queue, longues et fournies, demandent un vrai temps de pansage et un démêlage régulier, sous peine de nœuds impossibles à récupérer. Les pieds, eux, sont durs et bien conformés : beaucoup de Paso Finos vivent très bien sans fers avec un parage toutes les six à huit semaines, la ferrure ne s’imposant que sur sols abrasifs.
Santé et espérance de vie
C’est un cheval robuste, qui vit couramment 25 à 30 ans et reste montable très tard. Sa sélection en conditions rustiques, sans assistance vétérinaire, a fait le ménage parmi les tares structurelles. Les soins de santé de base, vermifuges, vaccins et contrôle dentaire annuel, suffisent à le maintenir en forme.
Deux points méritent quand même ton attention. Le premier est le syndrome métabolique équin : comme beaucoup de races rustiques, le Paso Fino grossit vite et peut développer une résistance à l’insuline qui ouvre la porte à la fourbure. Suivre sa note d’état corporel et limiter l’herbe de printemps évite bien des ennuis. Le second concerne la myéloencéphalopathie dégénérative équine, une affection neurologique rare décrite chez plusieurs races dont celle-ci, liée à une carence en vitamine E pendant les deux premières années de vie. Elle se traduit chez le jeune cheval par une démarche mal coordonnée. C’est peu fréquent, mais cela justifie d’être vigilant à l’achat d’un poulain.
Prix et budget
Le Paso Fino reste rare en Europe, et cette rareté se paie. Compte à partir de 5 000 € pour un jeune cheval débourré issu d’un élevage européen, 6 000 à 12 000 € pour un adulte de 4 à 8 ans qui maîtrise ses trois allures, au-delà de 15 000 € pour un sujet de lignée championne. Un poulain non débourré descend autour de 3 000 à 4 000 €, mais il faudra ensuite trouver quelqu’un qui sache valoriser ses allures, ce qui n’est pas donné en France.
L’importation directe depuis la Colombie ou Porto Rico est possible, mais formalités sanitaires, transport aérien et quarantaine ajoutent facilement 4 000 à 6 000 € à la facture. Pour l’entretien courant, rien de spécifique à la race : pension, maréchal, vétérinaire et alimentation restent dans les ordres de grandeur détaillés dans notre point sur le prix de l’équitation. La vraie difficulté est ailleurs, trouver un vendeur sérieux et un maréchal habitué à ces pieds petits et durs.
À qui convient cette race ?
Le Paso Fino est fait pour le cavalier de loisir et de randonnée qui veut passer des heures dehors sans se casser le dos. Sa taille modeste et son mental sociable en font une monture accessible aux adolescents comme aux adultes, y compris à ceux qui reprennent après une longue pause.
En revanche, si ton objectif est le saut d’obstacles ou le dressage de compétition, passe ton chemin : ses allures naturelles le desservent sur ces terrains. Et sa rareté impose un budget d’achat élevé et un réseau d’éleveurs très réduit. Notre panorama des races de chevaux et de poneys permet de comparer les profils avant de se décider.
Questions fréquentes sur le Paso Fino
Quel est le prix d’un Paso Fino en France ?
Compte à partir de 5 000 € pour un jeune cheval débourré, 6 000 à 12 000 € pour un adulte confirmé dans ses trois allures, et plus de 15 000 € pour un sujet de show issu d’une grande lignée. L’importation directe des Caraïbes ajoute 4 000 à 6 000 € de frais sanitaires et de transport.
Quelle est la taille d’un Paso Fino ?
Entre 1,32 m et 1,55 m au garrot, la majorité des sujets tournant autour de 1,40 m, pour un poids de 320 à 500 kg. C’est donc un petit cheval de selle, à ne pas confondre avec un poney malgré son format. Nos repères sur la taille au garrot et le poids du cheval aident à situer ce gabarit.
Quelle différence entre le Paso Fino et le Paso péruvien ?
Ce sont deux races distinctes, issues des mêmes ancêtres espagnols mais développées séparément. Le Paso péruvien pratique le paso llano et se reconnaît au termino, ce balancement des antérieurs vers l’extérieur qui n’existe pas chez le Paso Fino. Ce dernier est plus petit, plus rassemblé, et son classic fino n’a pas d’équivalent au Pérou.
Le Paso Fino convient-il à un débutant ?
Oui pour la balade et le loisir, grâce à son confort et à son caractère docile. Mais c’est un cheval sensible, plein de brio, qui réagit vite aux aides. Un débutant gagnera à le découvrir accompagné, plutôt qu’en apprenant seul à gérer ses réactions.
Le Paso Fino sait-il trotter et galoper ?
Oui, il possède bien les trois allures classiques. Simplement, ses trois allures latérales sont si confortables que le trot ne sert quasiment jamais. Certains sujets très typés ont d’ailleurs un trot médiocre, ce qui ferme la porte au dressage classique.
Combien de temps vit un Paso Fino ?
De 25 à 30 ans en moyenne, avec une carrière sous la selle souvent très longue. Sa rusticité et l’absence de tares héréditaires lourdes expliquent cette longévité, à condition de surveiller son embonpoint pour éviter la fourbure.



