Sur les landes du Devon, il y a des poneys qui passent l’hiver dehors sans couverture, sans foin distribué et sans que personne ne vienne les voir pendant des semaines. Le poney Exmoor vit comme ça depuis des siècles, et ça se voit : un petit format trapu, un poil d’hiver qui le fait ressembler à une peluche ronde, et ce museau couleur crème qu’on ne confond avec aucune autre race. C’est le plus ancien des poneys britanniques, et aussi l’un des plus rares.
Poney · AngleterrePoney Exmoor
Le poney des landes du Devon, rustique jusqu'au bout des sabots
- Taille
- 1,17 à 1,30 m
- Poids
- 300 à 360 kg
- Robe
- Baie, bai-brun ou louvet, toujours pangarée
- Caractère
- Franc, malin, indépendant
- Espérance de vie
- 25 à 30 ans
- Prix dès
- 1 500 €
Origines et histoire : des chevaux des bois du Domesday Book aux landes protégées
L’Exmoor tire son nom d’une région de landes à bruyère et de tourbières coincée entre le Devon et le Somerset, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Un pays de vent, de pluie horizontale et de sols pauvres, resté longtemps à l’écart des grandes routes. C’est cet isolement qui a tout fait : pendant que les autres populations de poneys britanniques recevaient du sang étranger pour les « améliorer », celle d’Exmoor est restée dans son coin, à se reproduire entre elle.
La première trace écrite remonte à 1086, dans le Domesday Book, le grand registre fiscal commandé par Guillaume le Conquérant. On y mentionne des equi silvatici, des « chevaux des bois » vivant dans la région et parfois capturés par les fermiers pour porter des charges. Pendant des siècles, la forêt d’Exmoor reste un terrain de chasse royal où les éleveurs paient un droit de pâture et où les poulains sont rassemblés une fois par an.
Le tournant date de 1818. Les terres de l’ancienne forêt royale sont vendues à un industriel, et le gardien sortant, un Acland, emmène avec lui une trentaine de poneys du pays pour fonder la célèbre Anchor herd. D’autres familles locales rachètent les poneys restés sur la lande, et certaines de ces hardes appartiennent encore à leurs descendants aujourd’hui. En 1921, Reginald Le Bas et quelques propriétaires fondent l’Exmoor Pony Society, qui tient le stud-book et veille sur le type de la race depuis plus d’un siècle.
La Seconde Guerre mondiale manque de tout emporter. La lande devient un terrain d’entraînement militaire, les poneys servent de cibles ou sont abattus pour nourrir la population. À la fin du conflit, il n’en resterait qu’une cinquantaine. Des éleveurs locaux, Mary Etherington en tête, repartent de ce qui subsiste. Le premier stud-book paraît en 1963, les effectifs touchent le fond en 1981, puis une campagne de sensibilisation relance l’intérêt : en 1990, on compte à nouveau près de 1 200 poneys dans le monde. Dernier chapitre en date, le génome complet de la race a été séquencé et rendu public en octobre 2022.
Caractéristiques physiques : petit, large et taillé pour la pluie
Retiens d’abord l’impression générale : un poney court sur pattes, large de poitrail, avec une tête expressive et un air de savoir exactement ce qu’il fait. Le standard de l’Exmoor Pony Society fixe la taille entre 1,17 m et 1,27 m pour les juments et entre 1,19 m et 1,30 m pour les mâles, la moyenne tournant autour de 1,25 m. Côté poids, on retient en général 300 à 360 kg pour un adulte en bon état, certaines sources descendant plus bas pour les petits sujets de la lande. Notre page sur la taille au garrot et le poids du cheval rappelle où se prend exactement cette mesure.
La tête est le meilleur moyen d’identifier la race. Le chanfrein est rectiligne, le front large, les oreilles courtes, épaisses et pointues. Surtout, les yeux sont grands, écartés et surmontés d’une paupière charnue très marquée, cerclée de poils crème : les Anglais parlent de toad eyes, des « yeux de crapaud ». Cette visière naturelle protège l’oeil de la pluie battante et de la neige. Même logique pour les naseaux, larges et très ouverts, qui réchauffent l’air avant qu’il ne descende dans les poumons.
Le reste suit la même idée d’économie et de solidité : encolure courte et puissante dans sa partie basse, poitrail large et profond, côtes longues et bien arrondies, dos court, reins larges, membres secs à articulations nettes et petits sabots ronds à la corne sombre et dure. Sur une lande caillouteuse, ces pieds-là font la différence, et notre fiche sur les parties du sabot et la ferrure explique comment la corne encaisse ce genre de terrain.
Vient enfin la robe, et c’est là que le standard est le plus strict. Tous les Exmoor sont bais, bai-brun ou louvet, avec des extrémités noires, et tous sont pangarés : le poil s’éclaircit en crème autour des naseaux, autour des yeux, sous le ventre et à l’intérieur des cuisses. Ce fameux museau farineux est un critère de race à part entière. Et la règle qui surprend toujours : aucune marque blanche n’est admise, nulle part. Une simple étoile en tête ou une balzane au pied suffit à écarter le poulain du stud-book, parce qu’on y voit la trace d’un croisement étranger. Pour situer la base de cette robe, va voir notre fiche sur la robe baie, et pour comprendre ce qu’on appelle le louvet, celle sur les robes dérivées du cheval. Les balzanes et marques blanches des membres, elles, sont ici rédhibitoires.
Le pelage, enfin, est une vraie pièce d’équipement. En hiver, l’Exmoor porte un double poil : un sous-poil laineux qui emprisonne la chaleur, et par-dessus un poil de garde long, dur et gras, parfaitement imperméable. Les épis sont orientés de façon à conduire l’eau vers le sol, et le haut de la queue s’élargit en éventail, ce que les Anglais appellent une ice tail, pour faire gouttière au-dessus de l’arrière-main. En été, tout ça tombe et laisse un poil court et dense, parfois presque métallique au soleil.


Caractère et tempérament : un poney qui réfléchit avant d’obéir
Il faut être honnête : l’Exmoor n’est pas un poney de club lambda. Des générations passées en semi-liberté lui ont laissé une tête bien faite et une bonne dose d’indépendance. Il observe, il jauge, et il ne fait pas les choses parce qu’on le lui demande fort, mais parce qu’il a compris pourquoi. Avec un cavalier cohérent, ça donne un partenaire franc, courageux et étonnamment attachant. Avec un cavalier qui s’énerve, ça donne un poney qui se ferme.
Les poneys nés dans la lande gardent une vraie méfiance envers l’homme tant qu’on ne les a pas familiarisés, et les éleveurs notent chez eux une crainte instinctive des chiens. Ceux qui naissent en élevage, manipulés dès le plus jeune âge, sont d’un abord bien plus facile : sociables, curieux, très liés à leur groupe. L’Exmoor vit d’ailleurs beaucoup mieux en compagnie d’autres équidés qu’isolé dans un pré, une constante chez les races rustiques que détaille notre page sur la vie du cheval en troupeau.
Aptitudes et disciplines : bien plus qu’un poney de première leçon
Les allures de l’Exmoor sont droites, régulières et basses, sans mouvement exagéré du genou. Résultat, il est confortable à monter et il ne fatigue pas. Le pied est sûr sur un terrain défoncé et le galop est réputé rapide pour un format pareil. Rapporté à sa taille, c’est un poney très fort : il porte sans peine un adulte léger pendant une journée entière de randonnée, ce qui en fait une monture d’extérieur sérieuse et pas seulement un poney pour enfant. Si l’extérieur t’attire, notre guide sur l’équitation en extérieur donne les repères pour partir sereinement.
Bien dressé, il saute avec du franc-jeu et se débrouille très bien en concours poney, en dressage de club et en attelage léger, où son endurance fait merveille. En Angleterre, il tourne dans les championnats Mountain and Moorland montés et il a même raflé les deux divisions du championnat international de horse agility en 2011, une discipline de travail à pied où l’intelligence compte autant que la souplesse. Pour voir ce que chaque discipline demande, notre panorama des disciplines équestres fait le tour de la question.

Son troisième métier est plus inattendu. Parce qu’il valorise une végétation que personne d’autre ne touche, on l’emploie un peu partout en Europe comme tondeuse écologique sur des milieux naturels fragiles. Quatorze juments du parc national d’Exmoor ont été envoyées en 2015 sur l’ancien terrain militaire de Milovice, en Tchéquie, où la population dépasse aujourd’hui la centaine de têtes. On en trouve aussi au Danemark dans le projet de réensauvagement de Mols Bjerge, en Allemagne, en Suède et en France. C’est d’ailleurs par l’écopâturage que la race se diffuse le plus vite, un peu comme le cheval Henson de la baie de Somme s’est fait connaître par la randonnée de nature.
Alimentation et entretien : le piège de la prairie trop grasse
Un poney qui a appris à survivre sur de la bruyère et des ajoncs en plein hiver tire parti de tout ce qu’il mange. C’est une qualité magnifique sur la lande, et un vrai problème dans un pré normand bien gras. Mis au vert sans surveillance, l’Exmoor grossit vite, et l’excès de poids chez un poney rustique ouvre la porte à la fourbure et au syndrome métabolique équin. La règle est simple : du fourrage grossier à volonté plutôt qu’une herbe riche, pas de granulés sauf travail soutenu, et un pâturage tournant ou restreint au printemps. Nos repères sur l’alimentation de base du cheval et sur la notation de l’état corporel aident à doser tout ça sans se tromper.
Pour le reste, c’est un poney peu exigeant. Sa corne dure demande un parage régulier mais tolère souvent de rester pieds nus. Son poil d’hiver le protège si bien qu’il n’a besoin ni de tonte ni de couverture tant qu’il dispose d’un abri contre le vent, ce que notre page sur le logement du cheval détaille selon les modes de vie. Un bouchonnage régulier suffit à entretenir sa robe, et mieux vaut d’ailleurs ne pas trop le laver en hiver : le gras du poil de garde fait partie de son imperméabilisation.
Santé et espérance de vie : une réputation de costaud méritée
La sélection naturelle a fait un tri sévère pendant des siècles, et ça se voit dans les carnets de santé. L’Exmoor est réputé solide et vit couramment 25 à 30 ans, parfois davantage quand il reste actif et correctement nourri, ce qui le place dans le haut du panier des équidés comme le montre notre page sur l’espérance de vie du cheval. Fait intéressant, les demi-Exmoor issus de croisements perdent une bonne part de cette robustesse.
Deux points de vigilance tout de même. La mutation responsable de la myopathie à stockage de polysaccharides de type 1, la PSSM1, a été détectée dans la race en 2010 : elle se dépiste par un simple test génétique, et un éleveur sérieux saura te répondre là-dessus. Et puis il y a tout ce qui découle de l’embonpoint, fourbure en tête, qu’on retrouve dans notre dossier sur les maladies du cheval. Le calendrier de base reste le même que pour n’importe quel équidé, vaccins, vermifuges et dentiste compris : notre fiche sur les soins de santé du cheval en donne le rythme.
Prix et budget : une race rare, donc un marché minuscule
Autant le dire tout de suite, trouver un Exmoor en France relève de la chasse au trésor. Quelques éleveurs passionnés seulement, et une poignée d’annonces par an. L’argus d’un grand site d’annonces équines affiche un prix moyen autour de 1 700 €, mais sur quatre poneys recensés, ce qui ne constitue pas une référence solide. En pratique, compte 800 à 1 500 € pour un poulain sevré, 2 000 à 3 000 € pour un jeune poney débourré et 2 500 à 4 000 € pour un adulte confirmé, bien dans le type et déjà rodé en extérieur ou à l’attelage. Un sujet inscrit au stud-book britannique et importé coûtera plus cher, transport compris.
Le vrai budget, comme toujours, arrive après l’achat, et c’est là que l’Exmoor se rattrape largement. Une pension au pré tourne autour de 150 à 250 € par mois selon les régions, beaucoup plus en box, dont il n’a de toute façon pas besoin. Ajoute un parage toutes les six à huit semaines, les vaccins et vermifuges de l’année, un passage du dentiste et l’assurance. Un poney qui vit dehors, mange du foin ordinaire et ne porte pas de fers reste l’un des équidés les moins coûteux à entretenir. Notre page sur le prix de l’équitation détaille poste par poste ce qu’il faut prévoir.
À qui convient le poney Exmoor ?
C’est un poney pour les gens d’extérieur. Famille qui veut un compagnon capable de porter les enfants en balade puis un adulte léger le dimanche, cavalier de randonnée qui cherche un pied sûr et une mécanique increvable, meneur d’attelage de loisir, ou gestionnaire d’espace naturel en quête d’un brouteur rustique : dans tous ces cas, il coche les cases. Sa petite taille le rend facile à manipuler au sol, et sa longévité fait qu’il accompagne souvent deux générations d’enfants.
À qui le déconseiller ? À celui qui cherche un poney de club docile du premier jour, prêt à enchaîner les reprises sans discuter : le poney Dartmoor ou le poney New Forest seront plus simples. À celui qui veut un poney de concours ambitieux, aussi, car le modèle ne monte pas assez pour ça. Et à celui qui ne dispose que d’une prairie grasse sans possibilité de restreindre l’accès, parce que le risque métabolique devient vite ingérable. Pour un premier poney tout court, le poney Shetland ou le Connemara restent les valeurs sûres, et tu peux comparer tous ces modèles sur notre guide des races de chevaux et de poneys.
Exmoor, Dartmoor, New Forest : ne pas confondre les poneys des landes britanniques
Les îles Britanniques comptent neuf races de poneys dits « des montagnes et des landes », et trois d’entre elles vivent à quelques dizaines de kilomètres les unes des autres dans le sud-ouest de l’Angleterre. De loin, un bai trapu ressemble à un autre bai trapu. De près, quelques détails ne trompent pas.
| Race | Berceau | Taille | Robe | Ce qui la trahit |
|---|---|---|---|---|
| Exmoor | Landes d’Exmoor, Devon et Somerset | 1,17 à 1,30 m | Baie, bai-brun ou louvet, toujours pangarée | Museau et contour des yeux crème, zéro marque blanche admise |
| Dartmoor | Lande de Dartmoor, Devon | 1,16 à 1,27 m | Baie, brune ou noire | Tête plus fine, marques blanches discrètes tolérées, mental plus proche de l’homme |
| New Forest | Forêt du Hampshire | 1,20 à 1,48 m | Baie, alezane ou grise | Beaucoup plus grand en moyenne, robes variées, modèle de poney de selle |
| Poney Highland | Hautes Terres d’Écosse | 1,32 à 1,47 m | Souris, isabelle, gris, bai | Format nettement supérieur, raie de mulet fréquente, fanons plus fournis |
Un dernier point pour les curieux de génétique : une étude morphologique de 1995 a montré que l’Exmoor est, parmi toutes les races vivantes analysées, celle dont le type se rapproche le plus du tarpan disparu, devant le poney Pottok du Pays basque et le cheval de Mérens. Rien à voir, en revanche, avec le cheval de Przewalski, qui est le seul véritable cheval sauvage jamais domestiqué.
Questions fréquentes sur le poney Exmoor
Quel est le prix d'un poney Exmoor en France ?
Compte 800 à 1 500 € pour un poulain sevré, 2 000 à 3 000 € pour un jeune débourré et 2 500 à 4 000 € pour un adulte confirmé. Ces fourchettes restent indicatives : la race est très rare en France et le marché se limite à quelques annonces par an, souvent avec un import britannique à la clé. Le coût d’entretien, lui, est l’un des plus bas qui soient, puisque ce poney vit dehors et se passe généralement de fers.
Quelle taille fait un poney Exmoor ?
Le standard de l’Exmoor Pony Society admet 1,17 m à 1,27 m au garrot pour les juments et 1,19 m à 1,30 m pour les mâles, avec une moyenne proche de 1,25 m. C’est donc un petit poney, mais nettement plus charpenté que ne le laisse croire son chiffre au mètre : son poitrail large et son ossature lui donnent une force sans rapport avec sa taille.
Le poney Exmoor convient-il à un enfant débutant ?
Oui, à condition qu’il ait été manipulé jeune et correctement éduqué. Son format et sa longévité en font un excellent poney de famille. En revanche, il a du caractère et de la suite dans les idées, donc il demande un encadrement cohérent. Pour un tout premier contact en club, un poney de club rodé aux reprises sera plus simple.
Pourquoi les poneys Exmoor n'ont-ils jamais de marques blanches ?
Parce que le standard de la race les interdit totalement. Une étoile en tête, une liste ou une balzane sont considérées comme la trace d’un croisement avec une autre race et suffisent à écarter le poulain du stud-book. Cette règle, durcie dans les années qui ont suivi la création de la société de race en 1921, explique l’homogénéité frappante des hardes.
Combien reste-t-il de poneys Exmoor dans le monde ?
Environ 3 500 individus, dont quelques centaines seulement vivent en semi-liberté sur la lande d’origine, le reste étant réparti entre le Royaume-Uni, l’Europe continentale et l’Amérique du Nord. La FAO le classe en danger d’extinction à l’échelle mondiale et en danger critique dans son pays d’origine, et l’Equus Survival Trust le range parmi les races critiques.
Un poney Exmoor peut-il vivre dehors toute l'année ?
C’est même ce qui lui convient le mieux. Son double pelage d’hiver, gras et imperméable par-dessus, laineux en dessous, le protège du froid et de la pluie bien mieux qu’une couverture. Il lui faut simplement un abri contre le vent, de l’eau propre et du fourrage grossier. Le laver ou le tondre sans nécessité reviendrait à lui retirer sa protection.



