Le cheval du Vercors de Barraquand

Le cheval du Vercors de Barraquand

Il y a des chevaux qu’on croise une fois et qu’on n’oublie plus. Le cheval du Vercors de Barraquand fait partie de ceux-là, avec sa robe brun sombre, sa crinière noire qui lui tombe jusqu’au poitrail et cette allure de petit costaud planté au milieu d’un plateau calcaire. Reconnu officiellement en 2017 seulement, il compte à peine plus de deux cents représentants, ce qui en fait l’une des races françaises les plus rares et les plus attachantes.

Cheval du Vercors de BarraquandCheval de territoire · France

Cheval du Vercors de Barraquand

Le petit cheval des hauts plateaux

Taille
1,45 à 1,55 m
Poids
400 à 500 kg
Robe
Baie, toutes nuances
Caractère
Docile et franc
Espérance de vie
25 à 30 ans
Prix dès
1 500 €

Origines et histoire : du plateau d’Ambel à la plaine de la Crau

Le massif du Vercors n’a jamais été un pays facile. Hivers longs, pentes raides, sols caillouteux : pour y travailler la terre et descendre le bois, il fallait un cheval capable d’encaisser. Les communautés monastiques installées dans le massif dès le Moyen Âge ont sans doute posé les premières bases de cette population locale, et c’est à Dom Périer, prieur de l’abbaye de Léoncel, que l’on doit la plus ancienne trace écrite qui en parle, en 1760.

Depuis des temps immémoriaux, on avait connu dans les montagnes du Vercors une race de chevaux trapus, rustiques et parfaitement adaptés à la nature du terrain montagneux et accidenté et au rude climat.

Dom Périer, prieur de l'abbaye de Léoncel, 1760

La race telle qu’on la connaît naît vraiment à la fin du XIXe siècle. En 1894, un jeune métayer de quatorze ans, Jules Barraquand, démarre son troupeau avec un étalon et six juments du pays. Il sélectionne dur, garde ce qui tient le terrain et écarte le reste. Dès l’hiver 1908, il lance la transhumance : des centaines de chevaux descendent des alpages du Vercors vers la Crau, près d’Arles, pour y passer la mauvaise saison. En 1914, son élevage compte deux cents juments poulinières et huit étalons approuvés par les Haras nationaux. C’est à ce moment que le nom de la famille se colle définitivement à celui du massif.

La suite est plus sombre. La Seconde Guerre mondiale frappe de plein fouet l’élevage : la ferme d’Ambel est incendiée, les chevaux réquisitionnés puis dispersés. Dans les années 1950, la mécanisation agricole achève le marché du cheval de ferme. La dernière transhumance a lieu en 1954 et Frédéric Barraquand, le fils, dissout l’élevage familial en 1963. Faute de traçabilité, la race est alors considérée comme perdue.

Elle revient par la petite porte. À la fin des années 1980, Jean-Louis Barraquand, petit-fils de Jules, repart de trois juments et d’un étalon et relance les transhumances. En 1995, un programme de sauvegarde se met en place avec le parc naturel régional du Vercors et le haras national d’Annecy, et une association d’éleveurs voit le jour. En 1997, cinquante et un chevaux seulement sont jugés conformes au type. Il faudra attendre le 18 juillet 2017 pour que le ministère de l’Agriculture reconnaisse officiellement le cheval du Vercors de Barraquand comme race territoriale. L’Association nationale cheval du Vercors de Barraquand en est aujourd’hui l’organisme de sélection et tient le stud-book.

1894la naissance du troupeau fondateur
2017la reconnaissance officielle de la race
200chevaux environ recensés aujourd’hui

Caractéristiques physiques : un médioligne taillé pour la pente

Le cheval du Vercors de Barraquand toise de 1,45 m à 1,55 m au garrot, pour une moyenne tournant autour de 1,50 m, et pèse de 400 à 500 kg. On parle d’un modèle médioligne, c’est-à-dire ni fin comme un cheval de sang, ni massif comme un trait : un format intermédiaire, solide et charpenté sans être lourd. Si tu te demandes où se prend exactement cette mesure, c’est au point le plus haut du dos, juste devant la selle, et notre page sur la taille au garrot et le poids du cheval détaille la méthode.

Le détail de la morphologie trahit immédiatement le cheval de montagne. La tête est assez petite et expressive, avec un front large, un chanfrein rectiligne et un œil fauve réputé doux, surmonté de petites oreilles en forme de croissant de lune, bien garnies de poils à l’intérieur. L’encolure est musclée et l’attache de tête légère. Derrière, le garrot est peu sorti, le poitrail profond et ouvert, le dos et les reins courts, larges et bien soutenus, et la croupe rebondie se termine par une queue attachée haut. Les membres sont secs, les canons courts, les fanons présents, et les pieds, plutôt petits, sont dotés d’une corne noire particulièrement dure. C’est précisément cette corne-là qui permet à la race de travailler pieds nus sur du caillou, là où d’autres chevaux auraient besoin de fers adaptés au terrain.

La robe, elle, est le point le plus strict du standard, et c’est là que beaucoup de fiches se trompent. Seule la robe baie est admise, sous toutes ses nuances, du bai clair au bai-brun presque noir. Les crins sont noirs, abondants, longs et légèrement ondulés, la crinière idéalement double, et les membres sont chaussés de noir très haut. Toute marque blanche sur les membres est éliminatoire : une simple balzane suffit à écarter un sujet du stud-book. En tête, seule une petite étoile est tolérée, et elle ne doit pas descendre sous la ligne inférieure des yeux. Les éleveurs expliquent cette exigence par la vie à l’estive : sur des plateaux nus, sans ombre, les zones dépigmentées attrapent les coups de soleil. Pour reconnaître les différentes déclinaisons de cette robe, notre fiche sur le cheval bai et ses nuances fait le tour de la question.

Caractère et tempérament

Demande à un éleveur ce qui fait la valeur de ce cheval et il te parlera de sa tête avant de te parler de son modèle. Le Vercors de Barraquand est réputé franc, sociable et docile, avec une capacité rare à rester calme dans des situations qui en inquiéteraient d’autres : un pont de bois, un troupeau de moutons, un sanglier qui détale. Historiquement, les poulains naissaient en liberté sur les plateaux, étaient capturés au lasso puis débourrés sans difficulté particulière, ce qui en dit long sur le fond de gentillesse de la race.

Cet équilibre n’a rien de magique : il vient du mode d’élevage. Les chevaux vivent dehors toute l’année, en troupeau, sur des terrains accidentés, et apprennent très tôt à gérer leur corps et leurs relations. L’association de race recommande d’ailleurs explicitement de maintenir la vie en troupeau pour préserver ce caractère. Le revers de la médaille, il faut le dire, c’est qu’un jeune sorti d’un grand troupeau extensif a souvent peu été manipulé. Si tu achètes un trois ans à peine débourré, prévois du temps au sol avant d’envisager la randonnée.

Aptitudes et disciplines de prédilection

On l’a d’abord attelé, bâté et fait débarder. Aujourd’hui, c’est en selle qu’il se fait connaître, et principalement sur les chemins. Son pied sûr, son format maniable et son fond de résistance en font un cheval de randonnée remarquable, à l’aise dans le dévers comme dans la pierre, exactement le profil recherché pour l’équitation en extérieur et en terrain varié. Le TREC lui va comme un gant, pour les mêmes raisons, et sa résistance au froid lui ouvre une discipline hivernale assez confidentielle, le ski joëring, où le cheval tracte un skieur.

Il ne se limite pas pour autant aux chemins. L’association de race le valorise aussi à l’attelage, en traction animale, en équithérapie et jusqu’en compétition, où il permet de s’initier au saut d’obstacles et au concours complet autour du niveau Club. N’en attends pas un cheval de Grand Prix, ce n’est ni son modèle ni sa vocation, mais pour un cavalier qui veut toucher à plusieurs disciplines équestres sans changer de monture, la polyvalence est réelle. Son autre carrière, moins visible, est celle de cheval de territoire : plus léger qu’un trait, il tasse moins les sols et sert d’outil d’entretien des espaces naturels de montagne, souvent en complément de bovins ou d’ovins.

Cheval du Vercors de Barraquand en randonnée sur un sentier pierreux des hauts plateaux du Vercors
Sur un sentier en dévers, le format compact et la corne dure font toute la différence.

Alimentation et entretien

C’est un cheval frugal, et il faut le prendre au sérieux. Sur son territoire, il se contente d’une pâture de montagne pauvre et d’un peu de foin l’hiver, sans concentré. Transplanté sur une prairie grasse de plaine, il prend du poids très vite, avec les risques que cela suppose pour ses pieds. Surveille son état corporel de près au printemps, limite l’accès à l’herbe jeune et raisonne sa ration à partir de l’alimentation de base du cheval plutôt qu’à partir de ce que tu donnerais à un cheval de sport.

Côté entretien courant, rien d’exigeant. Un abri ouvert et un pré lui conviennent mieux qu’un box, puisque c’est exactement dans ces conditions qu’il a été sélectionné. Ses crins abondants demandent un démêlage régulier et doux, à la main de préférence, sous peine de les casser. Les fanons et le dessous des paturons méritent un œil en période humide, et beaucoup de sujets travaillent pieds nus toute leur vie, avec un simple passage de maréchal pour l’entretien de la corne.

Santé et espérance de vie

La race n’est associée à aucune maladie héréditaire particulière, ce qui est une bonne nouvelle quand on cherche un cheval d’extérieur sans mauvaise surprise. Les sujets vivent couramment 25 à 30 ans, et le mode de vie extensif y contribue largement : mouvement permanent, alimentation fibreuse, peu de stress. Le suivi reste celui de n’importe quel cheval, avec les soins de santé de routine, un contrôle dentaire annuel et une vigilance accrue sur le poids.

Le vrai point de fragilité n’est pas individuel, il est collectif. Avec un cheptel de l’ordre de deux cents têtes, la gestion de la consanguinité est la première contrainte de sélection de l’association. La base de données DAD-IS de la FAO classe la race en danger critique d’extinction et l’INRAE la considère comme menacée. Concrètement, chaque naissance compte, et les accouplements se planifient avec le stud-book en main.

Prix et budget

La rareté ne se traduit pas ici par des tarifs de cheval de sport, parce que la race reste élevée par une poignée de passionnés plutôt que par un marché. Compte en général de 1 500 à 2 500 € pour un poulain sevré, de 3 000 à 4 500 € pour un jeune cheval débourré, et de 5 000 à 7 000 € pour un adulte confirmé en randonnée, déjà fiable en extérieur. Les prix se discutent d’élevage en élevage et la vraie difficulté n’est pas le budget : c’est de trouver un sujet disponible. Avec une dizaine d’éleveurs et une quinzaine de naissances par an, la liste d’attente est souvent la règle.

Le budget d’entretien, lui, ressemble à celui de n’importe quel cheval de loisir, avec un bon point sur l’alimentation et la ferrure. En pension au pré, compte en gros de 150 à 300 € par mois selon la région, auxquels s’ajoutent le parage ou la ferrure toutes les six à huit semaines, le vétérinaire, le dentiste et l’assurance. Notre dossier sur le prix de l’équitation détaille poste par poste ce que coûte vraiment un cheval à l’année. Pense aussi aux formalités : tout équidé doit être pucé et enregistré, et l’identification du cheval conditionne l’inscription au stud-book.

Ne pas le confondre avec ses cousins de montagne

Vu de loin, un petit cheval sombre et rustique dans un alpage, cela ressemble à plusieurs races françaises. Les spécialistes le rapprochent d’ailleurs du cheval d’Auvergne, au point que certains le considèrent comme un type de cette race, et il partage pas mal de traits avec le Mérens et le Castillonnais. Dans la pratique, la robe et le berceau suffisent presque toujours à trancher.

RaceBerceauTailleRobeCe qui la trahit
Vercors de BarraquandVercors et Crau1,45 à 1,55 mBaie uniquementMembres noirs sans la moindre balzane
MérensAriège, Pyrénées1,45 à 1,55 mNoire uniquementRobe entièrement noire, aucun reflet bai
CastillonnaisCouserans, Ariège1,35 à 1,55 mBaie à crins noirsTaille plus variable, bout du nez souvent très clair
Cheval d’AuvergneMassif central1,40 à 1,55 mBaie le plus souventMorphologie très proche, berceau différent

À qui convient cette race ?

C’est le cheval du cavalier qui sort. Si ton plaisir, c’est de partir à la journée, de passer des gués, de monter en dévers et de bivouaquer, tu as devant toi un partenaire difficile à prendre en défaut, qui mange peu et se contente d’un pré. Son format autour de 1,50 m convient à la plupart des gabarits adultes, et son calme le rend accessible à un cavalier de niveau moyen, à condition d’avoir un minimum d’autonomie en extérieur.

Il convient moins à qui vise la compétition au-delà des épreuves Club, ou à qui cherche un cheval de manège brillant dans le travail sur le plat. Et il faut accepter une réalité : acheter un Vercors de Barraquand, c’est entrer dans une petite communauté, discuter avec les éleveurs, parfois attendre une naissance. Beaucoup de propriétaires y voient précisément l’intérêt. Si tu découvres les races françaises, notre panorama des races de chevaux replace celle-ci parmi les autres chevaux de territoire, à côté du Mérens et du cheval Camargue, qui partage avec lui la plaine de la Crau.

Questions fréquentes sur le cheval du Vercors de Barraquand

Combien coûte un cheval du Vercors de Barraquand ?

Compte environ 1 500 à 2 500 € pour un poulain sevré, 3 000 à 4 500 € pour un jeune débourré et 5 000 à 7 000 € pour un adulte confirmé en extérieur. Les tarifs varient d’un élevage à l’autre, et la disponibilité pèse souvent plus lourd que le prix dans la décision.

Quelle est la taille du cheval du Vercors de Barraquand ?

Le standard vise 1,45 m à 1,55 m au garrot, avec une moyenne autour de 1,50 m, pour un poids de 400 à 500 kg. C’est un cheval, pas un poney, mais son format reste modeste et très maniable en montagne.

Peut-il convenir à un cavalier débutant ?

Son caractère docile et son pied sûr jouent en sa faveur, et les éleveurs le présentent volontiers comme accessible du débutant au confirmé. La vraie question est celle du cheval lui-même : un adulte déjà rodé à la randonnée convient à un cavalier de niveau moyen, un jeune sorti du troupeau demande de l’expérience.

Quelles robes sont acceptées dans le stud-book ?

Uniquement la robe baie, dans toutes ses nuances, avec des crins noirs et des membres chaussés de noir. Toute marque blanche sur les membres est éliminatoire, et seule une petite marque en tête, ne dépassant pas la ligne inférieure des yeux, est tolérée.

Combien reste-t-il de chevaux du Vercors de Barraquand ?

Environ deux cents, pour une dizaine d’élevages et une quinzaine de naissances par an. La race est classée en danger critique d’extinction par la base DAD-IS de la FAO, ce qui en fait l’une des races chevalines françaises les plus confidentielles.

Quelle différence avec le Mérens ?

La robe tranche immédiatement : le Mérens est entièrement noir, le Vercors de Barraquand toujours bai. Les berceaux diffèrent aussi, l’Ariège d’un côté, le massif du Vercors et la plaine de la Crau de l’autre, même si les deux races partagent la rusticité et le pied de montagne.

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